Le clavier AZERTY domine le marché français depuis plus d’un siècle, héritage direct des premières machines à écrire mécaniques. Une part croissante d’utilisateurs francophones fait un choix différent : conserver ou adopter un clavier QWERTY pour écrire en français. Quels facteurs expliquent cette coexistence, et que révèle la comparaison des deux dispositions sur les usages réels ?
Disposition AZERTY et QWERTY : ce que chaque layout propose aux francophones
| Critère | AZERTY (France) | QWERTY (US / US International) |
|---|---|---|
| Accès aux lettres accentuées (é, è, ê, à, ù) | Touches dédiées pour la plupart, mais certaines majuscules accentuées (É, È, Ç) absentes ou difficiles d’accès sur le layout historique | Accents via combinaisons de touches (touche morte + voyelle) avec la disposition US International |
| Accès aux caractères spéciaux de programmation ({, }, [, ], |, \, ~) | Souvent placés en AltGr, positions peu intuitives | Accès direct ou en Shift, positions standardisées |
| Disponibilité du matériel | Limité au marché francophone, choix restreint sur les claviers mécaniques haut de gamme | Offre mondiale, majorité des références disponibles en QWERTY ANSI |
| Format physique dominant | ISO (105 touches, touche Entrée en L inversé) | ANSI (104 touches, Entrée rectangulaire) ou ISO selon région |
| Compatibilité logicielle | Prise en charge native sous Windows/macOS/Linux en France | Nécessite l’ajout manuel de la disposition US International sous Windows ou macOS |
Ce tableau met en lumière un point souvent sous-estimé : la disposition physique des touches (ANSI ou ISO) et la disposition logicielle (AZERTY, QWERTY, US International) sont deux paramètres distincts. Un utilisateur peut très bien taper sur un clavier physique QWERTY ANSI tout en utilisant une couche logicielle qui produit des accents français.

Claviers mécaniques et gaming : pourquoi le QWERTY ANSI domine l’offre
Le marché des claviers mécaniques, en particulier les formats compacts (TKL, 65 %, 75 %), est structurellement orienté vers le format QWERTY ANSI. Les fabricants conçoivent leurs produits pour le marché mondial, et la majorité des références haut de gamme ne proposent pas de variante AZERTY.
Pour un passionné de matériel ou un joueur qui souhaite un clavier magnétique, un switch spécifique ou un design compact, le choix se réduit souvent au QWERTY. Attendre une version AZERTY revient à se priver de modèles entiers ou à accepter un délai de plusieurs mois après la sortie initiale.
Cette contrainte matérielle pousse des utilisateurs francophones à adopter le QWERTY par défaut, puis à configurer leur système d’exploitation en US International pour retrouver les accents. Le compromis fonctionne, mais il suppose un temps d’apprentissage et une reconfiguration à chaque nouvelle installation.
Disposition US International : taper les accents français sur un clavier QWERTY
Plusieurs guides pratiques récents documentent la méthode utilisée par les francophones qui conservent un clavier QWERTY. La disposition logicielle « États-Unis International » transforme certaines touches en touches mortes pour produire les caractères accentués.
- L’apostrophe suivie de « e » produit « é », le backtick suivi de « a » produit « à », le accent circonflexe suivi de « o » produit « ô »
- La cédille s’obtient par l’apostrophe suivie de « c » (ç), y compris en majuscule (Ç), ce qui résout un problème historique de l’AZERTY standard
- Les guillemets français (« ») et le signe euro (€) restent accessibles via des combinaisons AltGr
Ce système permet de produire un texte correctement accentué sans clavier AZERTY. En revanche, il introduit un léger décalage pour les utilisateurs habitués à taper des apostrophes ou des guillemets droits, puisque ces touches deviennent « mortes » par défaut.
Norme AFNOR du clavier français : un standard volontaire qui peine à s’imposer
L’AFNOR a publié une norme définissant une disposition de clavier optimisée pour le français, censée corriger les lacunes de l’AZERTY historique (accès aux majuscules accentuées, aux ligatures œ et æ, aux guillemets français). Le ministère de la Culture a précisé que cette norme reste volontaire pour les fabricants, sans obligation légale d’adoption.
La norme pourrait être exigée dans le cadre des marchés publics de l’administration française, ce qui constitue le principal levier d’influence sur l’offre. Dans les faits, la grande majorité des claviers vendus en France restent sur l’AZERTY traditionnel, sans intégrer les améliorations de la norme AFNOR.
Cette situation crée un paradoxe : les utilisateurs qui ont besoin de taper correctement le français (majuscules accentuées, caractères typographiques) trouvent parfois plus simple de passer par un QWERTY avec US International que d’attendre un hypothétique AZERTY normalisé.
Les profils d’utilisateurs concernés
La coexistence AZERTY/QWERTY ne relève pas d’un simple caprice. Plusieurs profils distincts expliquent le choix du QWERTY en France :
- Les développeurs et professionnels de l’informatique, pour qui l’accès direct aux crochets, accolades et pipe justifie le passage au QWERTY ANSI
- Les joueurs qui privilégient un clavier mécanique spécifique, disponible uniquement en QWERTY
- Les francophones ayant vécu ou travaillé à l’étranger, qui ont acquis des habitudes de frappe en QWERTY et ne souhaitent pas réapprendre
- Les rédacteurs et traducteurs bilingues, qui alternent entre français et anglais et préfèrent une disposition unique plutôt que deux layouts

Apprentissage de la frappe : les outils intègrent désormais plusieurs dispositions
Les plateformes françaises de test de vitesse de frappe et d’apprentissage de la dactylographie proposent nativement plusieurs dispositions : AZERTY, QWERTY, BÉPO, voire DVORAK. Cette intégration reconnaît qu’une part significative d’utilisateurs francophones ne tape pas en AZERTY au quotidien.
Pour un utilisateur qui envisage de changer de disposition, ces outils permettent de mesurer sa vitesse de saisie sur chaque layout et de suivre sa progression. Le passage d’AZERTY à QWERTY (ou l’inverse) demande en moyenne plusieurs semaines de pratique régulière avant de retrouver une vitesse comparable.
Le choix d’un layout de clavier reste une affaire d’arbitrage entre les habitudes acquises, le matériel disponible et les besoins linguistiques ou professionnels. La disposition QWERTY, portée par la domination du format ANSI sur le marché mondial des claviers mécaniques et par la souplesse de la couche logicielle US International, conserve une place durable parmi les utilisateurs français qui refusent de limiter leur choix de matériel au catalogue AZERTY.


